Initié par une vieille- 1 (extrait)
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours
connu Marlène. J'habite avec mes parents le même quartier
de notre ville de province depuis ma naissance, cela fait dix-huit
ans maintenant. Nous vivons dans une petite maison mitoyenne de
cité, située dans un vieux quartier populaire construit
à la fin du dix-neuvième siècle, quand la ville
s'est subitement agrandie en accueillant les anciens paysans venus
de la campagne pour y devenir ouvrier dans les manufactures de textile.
Mon père est employé à la poste et ma mère
ne travaille pas, préférant élever ses quatre
enfants, mes trois petites surs et moi-même. Nous vivons
assez chichement mais je crois que nous sommes tous heureux comme
ça. Je vais encore au lycée, en terminale, car j'ai
perdu une année au début du collège. Ca tombe
bien, je ne sais pas encore vraiment ce que je veux faire l'an prochain.
Marlène est une femme qui habite le même quartier
que nous. Quand j'étais petit je la trouvais belle ! Pourtant,
elle était déjà bien plus âgée
que ma mère. Elle doit avoir quarante ans de plus que moi
au moins. Bizarrement, je ne la voyais pas vieille, comme c'est
habituellement le cas des autres femmes de son âge dans les
yeux des enfants. Ce qui me frappait, c'était sans doute
déjà le sex-appeal qui se dégageait d'elle.
Elle était toujours élégamment vêtue,
en général avec une jupe droite, le plus souvent fendue
sur le côté et qui laissait apparaître la naissance
de ses cuisses quand elle marchait dans la rue, perchée sur
ses hauts-talons. Quand j'y repense aujourd'hui, je crois qu'elle
réveillait déjà à l'époque l'instinct
du petit mâle qui sommeillait au fond de mon être. Je
me souviens vaguement avoir passé du temps à guetter
à la fenêtre le moment où elle sortirait de
chez elle, quelques mercredi matins, aux alentours de mes dix ans.
C'était un peu comme si j'avais pu voir de mes propres yeux
une des belles dames qui encombraient les pages des magazines ou
les écrans de pub à la télévision. Elle
tranchait singulièrement sur le reste des femmes de mon entourage,
qui étaient loin de se pomponner autant pour aller faire
leurs emplettes chez les commerçants du quartier.
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